Je pense à elle aujourd'hui. Peut-être à cause de cette 36ième carte d'anniversaire qu'elle m'a envoyée, plein de voeux sincères et à temps, comme toutes les autres de ma vie.
Peut-être parce que je suis allée la voir dernièrement, avec ton père, Miss Loulou et toi.
Et peut-être, à cause de tout ce que je lis depuis un moment un peu partout, sur la pression des mères d'aujourd'hui...
Enfin bref, j'ai envie de te parler d'elle...
Ma marraine, c'est un petit bout de femme née il y a près de 73 ans si je ne m'abuse. Pesant quelque chose comme trois livres, elle fut gardée au chaud dans la porte du poêle à bois de mes grands-parents. Vivre et non pas survivre, loin des incubateurs, des intubations et de tout le tralala était déjà un exploit.
Je connais peu de son enfance, de son adolescence... Faudrait d'ailleurs que je la questionne, ce serait sûrement fort enrichissant... Je sais qu'elle a épousée mon parrain après qu'il ait fréquenté mon autre tante plus vieille. ( Il faisait frustrer ma tante qui boudait et il s'amusait alors avec ma marraine qui servait de chaperon;) L'autre tante est devenue religieuse, espérons par vocation et non par dépit:P) Qu'elle a porté en elle huit enfants et qu'elle a fait une fausse couche. Que deux sont décédés après l'accouchement et qu'au moins pour un d'eux, elle l'a appris sans ménagement ( dans le genre: "Vous direz à votre mari d'apporter un cercueil"!!!) Qu'elle a donc élevé cinq enfants, loin de l'abondance mais loin aussi de la misère puisque débrouillarde, travaillante et aimante. Qu'elle les a aidé ensuite avec ses sept petits-enfants. Qu'elle a aimé et accompagné mon parrain jusqu'en 1998, dans les bons jours comme dans les plus durs ( un ACV avait pas mal "diminué" son époux).
Pour les femmes de son époque, ça allait de soi de s'occuper de la famille et de l'époux, qu'on aime ou non ce dernier. Alors en quoi ma marraine diffère du lot? Je ne dirai pas qu'elle était la seule en son genre. Mais pour moi, elle est un modèle. Parce que même avec toutes les épreuves qu'elle a traversé, jamais je ne l'ai vue aigrie. Jamais je ne l'ai vue victimiser. Jamais non plus, je l'ai vu porter ses difficultés et sacrifices comme un porte-étendandart visant à ce que l'on salue son courage et ses réalisations. Jamais je ne l'ai entendu se plaindre, se comparer, soupirer, critiquer les autres, se poser en martyre etc. Jamais non plus, je n'ai entendu une quelconque médisance sortir de sa bouche. Elle faisait son affaire, le faisait de son mieux et ne se mêlait pas de la vie d'autrui.
Quand je vivais une épreuve, jamais elle ne s'est apitoyée sur mon sort mais jamais elle ne m'a fait sentir que je n'avais pas le droit de trouver ça dur. Jamais elle ne m'a sorti de phrases toutes faites ou de conseils à deux balles. Jamais elle ne m'a fait sentir cheap d'être qui je suis, en me parlant de ce qu'elle avait vécu de pire et du fait qu'elle ne s'était pas laissé abattre, elle. Elle me faisait plutôt sentir que j'avais en moi ce qu'il fallait et qu'elle avait confiance en moi. Même si, par mon vécu, j'aurais pu heurter dix fois plutôt qu'une ses valeurs, je ne me suis jamais sentie jugée par elle. Et quand je lui partageais mes espoirs, mes bonheurs, je recevais en feed back un enthousiasme encourageant et inspirant.
Je ne la vois pas souvent. Je ne lui téléphone pas souvent. Mais je crois que je devrais le faire pour lui dire à quel point, même de loin, elle est une inspiration pour moi. Car je ne pense pas qu'elle en soit consciente.
Quand j'ai perdu mes bébés à quoi, trois mois de grossesse, j'ai eu très très mal. Mais j'ai pensé à elle, qui par deux fois était passé par des accouchements sans dénouements heureux, à une époque dépourvue de soutient psychologique professionnel etc et je me suis dis que je devais me prendre en main. Quand je me sens dépassée avec mes enfants, je pense à elle qui n'avait pas tout le luxe que moi j'ai et qui a su tenir le fort pour mener cinq bébés à l'âge adulte dans un cercle qui me semble très uni et équilibré et je m'encourage. Quand je suis fatiguée d'être fatiguée, je pense à elle qui vient de repeindre ses cadrages et moulures ( une chance qu'elle a embauché un pro pour le reste sinon je la soupçonnerais de dopage loll!) après avoir vidé ses bibliothèques etc toute seule, qui tond son gazon ou déblaie sa cour l'hiver et je me dis "Aïe déguédine!"
Que veux-tu, elle m'épate. Oui, par sa forme physique et ses réalisations. Mais encore bien plus parce que tout ce qu'elle traverse, tout ce qu'elle réalise, elle le fait sans armertume, sans besoin de reconnaissance, sans faire étalage de ses bobos, sans colère etc. Pour moi, cette femme d'exeption se résume en un mot: foi.
Pas la foi qu'on propose dans les églises, même si je sais qu'elle est pratiquante. La foi qui se vit sincèrement, intérieurement et qui ne porte pas nécessairement l'étiquette d'un quelconque dogme. Plutôt que catholique, elle aurait pu naître boudhiste, Jéhovah...Krishna... Je pense qu'elle aurait toujours été aussi forte, droite, souriante et bien mise, positive et résiliente. Que son sens de l'humour aurait été le même et son rire, aussi clair. Sans parler de cette étincelle qui vit sans ses yeux...
Quand j'étais petite, ma marraine était pour moi spéciale. Elle m'offrait des cadeaux qui ne coûtaient sûrement pas la peau des fesses ( avec cinq enfants je la vois mal m'innonder de campeurs de Barbie!) mais qui avait toujours ce côté recherché, original, qui me faisait penser qu'ils avaient vraiment étés choisis pour MOI. Que je valais la peine qu'elle prévoit en fonction de MOI. Quand les cadeaux ont cessé à mes 18 ans, les cartes, comme je te disais, sont rentrées annuellement, peu importe ma nouvelle adresse ( j'ai déménagé souvent!). À notre ère qui fait que c'est beaucoup plus simple d'envoyer un e-mail, le fait qu'elle prenne le temps pour ça, s'excusant presque parfois que ça fasse vieillot, me touche énormément.
Comme je te disais, nous sommes allés la voir il y a deux semaines. Dans sa maison impeccable même si l'ouvrier avait terminé la peinture seulement quelque jours auparavant. Dans sa belle jupe, sa belle blouse, souriante et accueillante. Toi qui ne fait pas confiance à tout le monde rapidement, tu es allée vers elle avec naturel, souriante. Tu as foutu son plat de bonbons par terre, tu as décroché un rideau, une lame de store... Ma marraine a souri. Comme plusieurs, elle a souligné ta beauté, ta blondeur. Mais pas comme tous les autres, elle a eu le doigté de parler également de la beauté de ta brunette de soeur. Et elle m'a répété à quel point elle était contente de vous voir en santé, grouillantes, pleines de vie. Elle connait en effet la valeur de tout ça, avec une petite fille qui a la paralysie cérébrale. Une petite fille qui est aimée et qui a été superbement accompagnée par sa mère, ma cousine. Une cousine qui a sûrement hérité de beaucoup de sa mère... Est-ce que ma marraine se doute à quel point, "seulement" en étant qui elle est, elle a positivement influencé ses enfants qui à leur tour, influencent les leurs?
J'aimerais avoir ce même genre d'influence sur vous... Mais pour ce faire, je pense que je dois encore m'inspirer de ma marraine adorée. Ça peut parraitre niaiseux, mais lors de notre visite elle m'a parlé d'un de ses fils qui a pleuré pendant trois mois au début de l'école maternelle. Après trois moi, l'enseignante a téléphoné pour expliquer la situation. De nos jours, l'enseignante appellerait avant, mais la mère paniquerait aussi! Ma marraine, elle ne s'est pas garoché chez les psys, elle ne s'est pas tapé 18 rencontres à l'école et ne semble pas s'être questionné pendant 14 nuits blanches. Elle a dit à mon cousin "Si tu veux devenir un ignorant, reste ici. Si tu ne veux pas, va à l'école et cesse de pleurer" ( quelque chose du genre). Dans le fond, elle a enseigné le libre-arbitre à un enfant de cinq ans en une phrase...
Résultat? Mon cousin a cessé de pleurer à l'école, il s'est mêlé aux autres. Et non, il n'est pas junkie, pas psychosé et la dernière fois que je l'a vu, il avait l'air très équilibré.
Donc en plus de la résilience, de l'humour, de la patience etc, j'ajoute à ma liste d'inspirations de marraine le ... le... comment nommer? Le fait de ne pas couper les cheveuz en quatre? bah dans le fond, ça revient à ce mot de trois lettres: FOI.
La foi en la vie. L'amour de la vie. La foi en l'humain. L'amour de l'humain.
J'aurais peut-être du suivre cette exemple plus tôt dans ma vie. Mais il n'est jamais trop tard pour suivre sa marraine;) Ma puce, je t'apprends que puisque tu es la quatrième, tu risques d'avoir une mère plus zen que Frérot et Soeur Aînée. Pas autant que ma marraine, mais sur ses traces ;)


5 commentaires:
Waouw... Quelle sacrée personne !!!
Et quel bel exemple à suivre...
J'aurais aimé avoir une personne comme ça dans mon entourage!! Ça l'air que y'en a pas beaucoup fabriqué avec ce moule alors c'est toi qui l'as eu p'tite chanceuse :)
J'aimerais être votre marraine pour avoir droit à un si bel éloge. J'espère qu'elle vous lit! ;o)
Bonjour Milou,
En te lisant sur les (Z), j'ai découvert qu'on avait des points en communs alors je suis venue te faire un coucou.
Au plaisir, de te relire! Moi aussi, j'aurai aimé avoir une marraine comme toi ou en devenir une...
@Caro: oui c'est une sacrée femme!
@Jane: Je souhaite à tout le monde au moins un exemple de vie du genre.
@Une femme: Merci :) Mais non elle ne me lit pas, je sais qu'elle est branchée occasionnellement mais je ne lui ai pas parlé du blogue...
@Mamanbooh: Bienvenue! Je vais aller te lire aussi, vu nos points communs :) Moi aussi, j'aurais aimé être marraine... Dans une autre vie peut-être!
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