
J'ai mille billets en brouillon, jamais le temps de les terminer. Je songe d'ailleurs à lancer le concept des billets sans queue, ni tête, ni fin...
Mais je prends un peu de temps ce soir pour m'adresser à ta Soeurette. ( Je crois que c'est désormais ainsi que je nommerai la "#3 " de la famille ici. Par souci de discrétion... De là la photo de dos. De toutes façons, les photos prises lors de la "fausse fête" de samedi montre presque toujours ta soeur et ses invités de dos. Ils étaient tellement nombreux qu'ils accouraient tous en tapon et ton père ne voyait que leurs dos.
Alors bref, un petit mot à Soeurette!
Six ans... Il y a six ans, à cette heure, je songeais à tous les moyens pour que tu daignes te montrer la binette ma chérie. Ma dpa était le 17, ma doc était certaine que j'accoucherais avant ça. Elle partait en vacances le 15, je lui avais dit qu'on ne se verrait donc pas. Elle en doutait. J'avais raison.
Avec le recul, je me demande pourquoi j'étais si pressée. Peut-être parce que j'avais souvenir de Soeur Aînée, qui même neuf jours en retard avait demandé un accouchement par induction? Je n'avais pas envie de me taper encore des jours d'attente pour que ça se termine encore en induction (même pour ton frère en avance, ça avait été le cas...). Et il y avait bien sur les contractions... depuis longtemps. Et l'envie de vérifier si mon instinct était bon; le bébé cachottier de l'échographie était-il une ELLE? Ou faudrait-il qu'on s'entende enfin ton père et moi sur un prénom masculin?
Je me souviens de l'huile de ricin ( triple yeurk!). Du "strapping" que le doc remplaçant m'avait fait le matin ( mais je ne me souviens pas si c'est le mot exacte et je ne sais pas comment l'écrire!). Me souviens aussi d'avoir "obligé" ton père à des "rapprochements", commandant même un film pour adulte pour l'inspirer ( en fait NOUS inspirer!).
Je me souviens avoir bien dormi, m'être levée vers 6:00 pour envoyer Frérot et Soeur Aînée à l'école. Ton père était parti travailler. Et puis, alors que j'allais chercher je ne sais plus quoi à la salle de bain, une contraction plus forte m'a fait m'assoir sur le bord de la baignoire. Et puis SPLOUSH! les chuttes Niagara. La première fois que mes eaux crevaient à la maison, yé!
Téléphone au travail de ton père. Il venait d'arriver. Il a du repuncher vite ;) Ton frère et ta soeur demandent à assister à ta venue, donc téléphone à une amie qui les prend une partie de la journée.
Donc l'hôpital, la jaquette bleue, l'induction. Du déjà vu pour moi. Mais du différent puisque c'était TOI que nous attendions. Je mangeais des muffins aux bananes en cachette, essuyant fort peu discrètement les miettes sur mon bedon quand l'infirmière entrait. Les doses de Pitossin étaient fortes, mais ça aussi je connaissais bien. Endure endure puis fini par être du même avis que l'infirmière: ÉPIDURALE! Une de mes grandes grandes peurs! Là c'était une première pour moi! Pendant qu'on attendait l'anesthésiste, ton parrain débarque avec sa caméra... Imagine le tableau... En plus du personnel de l'hôpital, ton frère, ta soeur, ma copine, ton père, le parrain! Sans compter que ma chambre était pratiquement encore en rénovation, qu'elle était minuscule et que même le docteur ne savait pas comment lever mon lit avec la super "télécommande", Moi qui fais un gros câlin à ton parrain, la jaquette toute ouverte mais je-m'en-fout-j'ai-maaaaaal.
Puis tout le monde sort, sauf ton père et l'anesthésite arrive. Un vrai personnage de film le mec... On me postitionne, on m'ordonne de ne pas bouger. Je sers - non je broie!- les mains de ton père en le fixant dans les yeux. Je suis terrorisée. À ce sujet, même si ton papa n'est plus avec moi, je me souviendrai toujours de son support à ce moment et je l'apprécierai énormément. Sache que malgré la séparation, j'ai du respect pour lui et que tu n'as pas été fabriquée par "accident" ou en l'absence de sentiments. Alors donc l'anesthésiste, un type super efféminé ( je n'ai rien contre mais ça + la suite de l'histoire me fait rigoler) sort son aigulle ( que je refuse de voir) et me dit de sa charmante voix: "Moi aussi, accoucher, je prendrais l'épidurale".
Et moi de rétorquer, crispée comme pas une, la voix rauque : "Scuse mon homme, j'veux pas t'insulter, mais t'es pas ben ben équipé pour accoucher!". Il n'a su que répondre... Bizarre.
L'épidurale n'a pas enlevé la douleur. Pas eu le temps je crois. Elle a en fait activé le travail et avant de réaliser ce qui se passait, j'avais les pieds dans les étriers, la caméra du parrain fixée sur mon entre-jambe et je demandais au dit parrain d'aller me roulet "un batt" ( t'en fais pas je -ne -suis- pas- toxico-j'ai-maaaaaal.)
Ce fut intense. Très. Mais à la deuxième poussée, on voyait ( ben ils voyaient) tes cheveux et moi je demandais s'ils étaient bruns. Je désirais une brunette. À la troisième, tannée de me faire dire "Poussezzzzz!" et de répondre " Quécé vous pensez que je fais?", je donnais mon max et tu étais sortie. On m'annonçait que tu étais bel et bien une fille et moi je harcelais le doc-remplaçant pour savoir si tu avais un streptocoque. ( et lui ne comprenait pas mon obsession).
Ils t'ont passé les tests pour me rassurer et je ne sais plus combien de temps après, tous les "spectateurs" de l'accouchement m'accompagnaient à notre chambre. Si tu avais vu la fierté de Soeur Aînée et Frérot! Et bien sur, de papa et moi. Bah tu verras sur la vidéo...
Je me souviens que toutes les infirmières me disaient que tu étais VRAIMENT un beau bébé. Et objectivement, c'était vrai.
Après deux jours à l'hôpital, nous avons pris le chemin de la maison. (maudit que j'avais hâte! Il faisait tellement chaud et sec en plus dans notre chambre!) Pendant des jours et des jours, ce ne fut que du bonheur. Je flottais. De plus, j'ai eu la chance que ton frère et ta soeur ne soient pas jaloux. Que du bonheur, je te dis.
Et quand les downs sont venus, ce n'était jamais lié à toi. Et quand ton papa est parti, le jour de tes cinq mois, ce n'était évidemment pas lié à toi. Je te dis ça au cas où un jour, tu te questionnes du pourquoi de son départ, même si tu connais l'histoire dans ses grandes lignes depuis toujours et que tu sembles bien vivre avec ça.
Je te mentirais si je te disais que ce fut facile. J'en ai pleuré un coup en te berçant ou en me couchant avec toi dans ce lit qui était maintenant le mien, plus le nôtre. J'ai pleuré sur ce deuxième espoir de famille "brisé". Et j'ai toujours fini par sourire quand tu te mettais à rire... Ton rire, c'était la musique des anges. C'était l'espoir en perfusion. Je m'étais donné le droit de pleurer et de m'apitoyer pendant trois semaines. Ce fut moins long que ça. Sauf que j'ai pleuré à tes premiers départs chez papa. Des départs de 12 heures, puis de 24, 48... Le premier 48 heures tombait à la fête des mères... Ton parrain ( sans caméra!) m'a prise en charge ce week-end là. Je pense que c'est seulement à lui que j'en donnais le droit.
Et puis, la vie a repris son cours. Ça demandait pas mal d'efforts pour tout faire, mais tu étais là pour me botter le derrière, Les matins où j'avais envie de taper sur le réveil et de ne pas envoyer ta fratrie à l'école, pour oublier plus longtemps mes "bibittes" en dormant, toi tu sonnais le clairon. 6:00-6:30, chaque matin, sans exeption. Je crois que ce n'est pas pour rien que contrairement à Frérot et Soeur Aînée, tu étais réglée comme une horloge. Il ne fallait pas que je me laisser aller. Tu ne m'en a pas laissé la possibilité. Merci ma puce.
Comme je travaillais de la maison, nous étions seules pendant les heures de cours. Plein de beaux souvenirs... Tu aimais beaucoup nos marches quasi quotidienne vers l'espèce de dépanneur, le "Magasin général" de notre bled de l'époque. Il faut dire que tout le personnel trippait sur toi et que tu y recevait sans faute un ou plusieurs Mister Freeze l'été et des sucettes l'hiver.
Parfois, je poussais ta poussette, veillant à moitié à ne pas perdre chapeaux, chaussures, chaussettes et mitaines que tu lançais au vent. Et je réfléchissais. Je visualisais beaucoup. Je me disais que le soleil brillait quelque part et qu'il brillerait un jour sur moi, sur nous. Même dans la slush, dans la neige, sous la pluie, même quand j'ai perdu mon boulot... Je nous imaginais dans une grande maison, dans l'abondance, l'amour, le bonheur... Et si je me mettais à douter, je n'avais qu'à te regarder...
On dit beaucoup de choses sur les enfants de famille mono. Qu'ils s'en sortiront moins bien, qu'ils reçoivent moins etc etc. Toi, tu as été en famille mono pendant 13 mois, puis en famille recompo. Et sais-tu que tu ne me sembles pas trop bousillée?
Tu as commencé ta vie dans la lumière ( ton nom voudrait d'ailleurs dire lumière) et celle-ci semble t'avoir toujours accompagnée. Tu a marché tôt. Tu as parlé super tôt. Tu as grimpé partout tôt. Et tu es tombée tôt. Mais tu te relevais aussitôt, souriante, lumineuse... Tu as aussi adopté très tôt ton beau-père, celui que tu nommes parfois papa, tout en sachant que tu as un "vrai" papa aimant lui aussi. Tu as fréquenté des enfants plus âgés assez tôt, suivant ta fratrie. Tu voulais même commencer la maternelle deux ans plus tôt.
D'un côté, tu as vieilli vite, comme ta soeur aînée. Mais ce que je trouve merveilleux, c'est que tu as malgré tout conservé une superbe part d'imaginaire, de magie en toi. Tu décides de ce à quoi tu rêves et quand tu y rêves. J'ai du mal à expliquer avec les bons mots... Très jeune, tu savais que Caillou et Dora étaient des personnages, non des êtres vivants. Mais si tu voulais plonger dans leur monde, tu y allais allégrement. Maintenant, tu sais que le sang au cinéma, c'est un trucage. Tu sais que les cadavres de CSI n'en sont pas des vrais. Et tu sais que les princes charmants ne sont pas comme dans les films de Disney, mais tu as confiance de rencontrer ton prince à toi. Je pense que c'est une des choses qui me rends fière d'avoir accepté de croire encore en l'amour; ainsi, tu y crois aussi. De façon saine mais non dénuée de magie.
Dans peu de temps, tu auras officiellement six ans. À ton âge, j'étais déjà un peu désabusée. C'est pourquoi je suis si contente de te voir aussi pimpante, sociable et bien entourée. C'est pourquoi j'étais si contente que quoi? Onze amis acceptent ton invitation à ta fête samedi dernier.
Je suis infiniment fière de toi. Toi qui m'a suggéré de te surnommer "mon ptit bourdon". Qui part à l'école, le sac à dos plein de trucs et la tête pleine de curiosité. Qui revient avec le sourire et qui fait de gros câlins à ta petite soeur qui te prend déjà comme modèle. Qui s'est si bien adaptée, si tôt aux fameuses fins de semaines sur deux. Qui dessine super bien, qui aime les rimes, les chansons, les animaux, la Vie...
Même quand tu cries pour que je ne te démêle pas ta chevelure brune, même quand tu bougonnes que tu es une imcomprise, même quand tu fais pipi au lit ou que tu rechignes à te lever le matin, même quand tu chantes en boucle les deux mêmes phrases ( dans un anglais aproximatif) de Lady Gaga je suis fière de toi.
Tu es une boule d'amour et de tendresse et j'aimerai toujours me plonger dans ton regard chocolaté.
Tu as six ans. Dans le temps de le dire, tu en auras douze. Tu seras sûrement moins caline et ton adolescence provoquera des secousses en toi, en moi en nous, entre nous. C'est pourquoi j'aime te voir grandir, mais qu'en même temps je suis consciente des moments qui passent si vite et que je veux les savourer au maximum.
Je te souhaite un très joyeux anniversaire mon ptit bourdon. Que la magie et la lumière t'accompagnent toujours toujours. Je t'aime belle brunette. Pour toujours, toujours! Grrrrros comme l'univers! Jusqu'au Pérou, comme tu me dis parfois!
Merci d'être là, dans notre clan non traditionnel. Merci de m'avoir... poussée à vivre pendant un bon moment je crois bien...
PS: Oui je te ferai ton macaroni préféré demain, pour ce grand jour.






